Sabotage routier : "La Dépêche" pose d'étranges hypothèses

Loris Guémart - - Médias traditionnels - Déontologie - 6 commentaires

Et s'attire les critiques du collectif anti-A69 accusé à l'interrogatif sans avoir été contacté

Le 16 janvier, le quotidien régional la Dépêche révèle que des arbres ont été abattus sur une route à proximité de Toulouse, accompagnés du message "pour le préfet" tagué au sol. L'acte a engendré deux blessés graves pendant la nuit. "Une inscription qui interpelle, alors que le climat social est marqué par la mobilisation des agriculteurs", écrit le journal. Le même jour, dans l'après-midi, un second article est publié. Son titre ? "Agriculteurs, opposants à l'A69, ingérence étrangère : qui a commis le sabotage routier qui a fait deux blessés près de Toulouse ?"

"Dans un climat de fortes tensions agricoles, la colère à l'encontre des services de l'État a de nouveau été au cœur de manifestations cette semaine, interdites par arrêté préfectoral. Mais les représentants syndicaux réfutent tout lien entre cet acte et leurs revendications", écrit le quotidien dans le corps de l'article. Suivent des dénégations et condamnations de représentants ou de communiqués de la Coordination rurale et de la FDSEA.

"Le lieu de ces accidents, entre les communes de Vendine et de Francarville, se situe sur un territoire particulièrement mobilisé à propos d'un tout autre dossier : celui de l'A69, poursuit l'article. Plusieurs rassemblements en opposition au projet d'autoroute s'y sont déroulés ces dernières années. Ce lundi, la justice a suspendu le chantier sur les zones où le dépassement d'emprise a été constaté. Faut-il voir dans l'abattage de ces arbres et l'entrave routière une corrélation a priori contre-intuitive avec ce dossier controversé, en raison de son impact environnemental ?". Suivent d'autres hypothèses, telles que la "déstabilisation de l'étranger" ou une "action individuelle". Mais aucune citation de représentant des opposant·es à l'A69 n'est rapportée par la journaliste – qui n'a pas répondu à la sollicitation d'Arrêt sur images.

Alors, le 18 janvier, le collectif anti-A69 La voie est libre diffuse un communiqué furieux sur Facebook. "Aucune logique ne se niche dans l'argumentaire développé : quel sens y a-t-il à accuser de tronçonner des arbres les personnes qui les ont le plus défendus ?, s'indigne-t-il. Aucune preuve, aucune explication, pas le moindre indice qui puisse nous relier à cet accident... La coordination rurale de la Haute-Garonne, celle du Tarn et la FDSEA de la Haute-Garonne – des syndicats considérés comme de potentiels responsables – livrent leur défense dans l'article. À notre connaissance, aucun opposant à l'A69 n'a été contacté..."

Le collectif envoie aussitôt un droit de réponse au quotidien régional. "La liberté de la presse ne donne pas le droit d'accuser sans preuves. Elle impose des devoirs stricts tels que rappelés par la Charte de Munich : vérification des faits, respect de la présomption d'innocence et refus des amalgames, y plaide-t-il. Mettre en cause un groupe de personnes sans éléments établis constitue une dérive éditoriale grave, d'autant plus lorsqu'il y a des blessés." Un de ses représentants indique à ASI que le journal a refusé de publier ce droit de réponse, proposant plutôt "de mettre un mot dans le prochain article" portant sur ce sabotage routier. "Ça ne nous convient pas, on ne sait pas du tout s'il y aura de nouveau un article un jour ou l'autre..." Eux demandent désormais, à défaut de droit de réponse, de pouvoir s'exprimer dans une tribune libre au sein d'un prochain article qui traitera de l'A69.

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