Princesse de Clèves : Rioufol (Le Figaro) critique le gouvernement

Gilles Klein - - 0 commentaires

Grave débat : faut-il supprimer les questions de culture générale les plus difficiles dans les concours d'entrée dans l'administration ? Plusieurs journalistes critiquent ce projet gouvernemental évoqué par Nicolas Sarkozy à travers une question concernant le roman la Princesse de Clèves publié en 1678 par madame de La Fayette.

Le Figaro évoquait lundi 1er décembre les concours administratifs comme celui qui attire "65000 inscrits" pour 1000 postes de "secrétaires administratifs". Mais "à cette inflation de candidats répond une sélection plus stricte et plus absurde chaque année. Un candidat garde champêtre s'est vu demander la différence entre le crétacé et le jurassique."

"Plus que la culture générale, c'est son dévoiement, notamment au travers de QCM aux allures de questions pour un champion, qui froisse aujourd'hui. «Il faut éliminer les aberrations et stopper l'inflation des connaissances demandées, comme du droit public pour des concours de catégorie B ouverts aux bacheliers»


Le Figaro du 1er décembre 2008

Le Figaro du 1er décembre 2008
Interrogé par le Figaro, le secrétaire d'Etat à la Fonction publique, André Santini explique "Ces épreuves ont été dévoyées et servent maintenant à coller les candidats, par ailleurs bien trop nombreux. On leur pose des questions trop académiques et ridiculement difficiles qui n'indiquent rien de leurs réelles aptitudes à remplir un poste."


Cela ne plaît pas au journaliste Ivan Rioufol (comme le remarque Rue89) qui résume la question de manière lapidaire sur son blog.

Sous le titre "Quand le gouvernement fait l'éloge du décervelage" il écrit "La déculturation est officiellement en marche. Ce lundi, dans Le Figaro, le secrétaire d'Etat à la Fonction publique, André Santini, dévoile son projet de supprimer dès 2009 les épreuves de culture générale des concours de la fonction publique, notamment pour les catégories B et C. Il explique vouloir faire évoluer ces thèmes vers "des questions de bon sens, en rapport avec la matière, plutôt qu'un académisme ridicule". Il reprend cet exemple déjà donné par le président de la République, qui s'était étonné qu'une question sur l'auteur de la Princesse de Clèves puisse être posée lors d'un concours de secrétariat catégorie C (la moins qualifiée) ."

Le journaliste littéraire Pierre Assouline est aussi outré que son confrère du Figaro, (ils rejoignent le combat entamé par Philippe Val, dans un éditorial de Charlie Hebdo daté du 16 avril 2008 qui se terminait ainsi "Sans la littérature, sans Mme de La Fayette, c'est chacun pour soi, TF1 pour tous, et nos désirs cantonnés dans l'impuissance.") et le fait savoir sur son blog, hier, 2 décembre :

"Que ceux qui nous reprochaient d'accorder trop d'importance à la sarkozienne détestation pour la Princesse de Clèves le reconnaissent : il y avait bien une intention cachée sous la robe de Mme de La Fayette. Ca mis le temps mais c'est là et ça éclate même en lettres de néon dans Le Figaro de ce matin par la voix d'André Santini, secrétaire d'Etat à la Fonction publique : la culture générale va être chassée des concours administratifs. Dès l'année à venir, les épreuves seront mieux adaptées aux compétences requises par les candidats." écrit Assouline.

Assouline fait allusion à un discours de Nicolas Sarkozy le 4 avril 2008 où le président souhaitait : "la possibilité pour quelqu’un d’assumer sa promotion professionnelle sans passer un concours ou faire réciter par coeur la Princesse de Clèves ! Ca compte aussi dans la qualité de vie d’un fonctionnaire…"


Même position que le gouvernement, contre la princesse, pour Patrick Lozès, le président du Conseil représentatif des associations noires (Cran), répondant à une question posée par 20Minutes.fr: "Pourtant, on accède à la fonction publique par des concours qui testent les connaissances et doivent mettre les candidats à l'abri des discriminations…"

Lozès déclare : "Il faut adapter le contenu des concours aux préoccupations d'aujourd'hui afin que les jeunes de banlieues, disons les choses franchement, aient une chance de les réussir. Pour le concours de postier par exemple, on demande qui a écrit la «Princesse de Clèves». Les gens du 16e arrondissement de Paris ont plus de chances de le savoir que les personnes issues des milieux défavorisés."

Lire sur arretsurimages.net.