Photos sur Internet : souriez, vous êtes reconnu

Gilles Klein - - 0 commentaires

Clic-clac, dans la boite... et sur le net partout dans le monde avec votre nom ? Des millions de nouvelles photos sont mises en ligne sur Facebook chaque jour soulignait le New York Times fin 2011. Les visages qui y figurent sont identifiés par leur auteurs ou leurs amis, mais ils peuvent aussi être reconnus automatiquement par des logiciels. Et cela inquiète depuis plusieurs mois les défenseurs de la vie privée, notamment en raison de l'apparition dans des bars aux Etats-Unis de caméras connectées à des applications pour téléphones mobiles. Les Echos s'inquiètent aujourd'hui des "dangers de la reconnaissance du visage".

Pour signaler les noms des personnes présentes sur leurs photos, les utilisateurs des réseaux sociaux ou de partage de photo comme Facebook, Google+, Flickr et Picasa, utilisent des "tags", indiquant les noms et prénoms des personnes photographiées.

Ces interventions humaines facilitent le travail d'applications, qui analysent les photos déjà publiées, et reconnaissent ensuite automatiquement en temps réel "ceux que nous sommes entrain de photographier avec notre iPhone", comme Klik de Face.com. Idem avec l'application Viewdle sur Android.

Klik de Face.com picto

Comme le rappellent aujourd'hui Les Echos, la société SceneTAP a installé depuis plusieurs mois des caméras à l'entrée de bars dans plusieurs villes américaines. Il s'agit de compter le nombre de visiteurs, et d'indiquer le pourcentage de filles et de garçons, leurs âges moyens, etc..

Ces données sont ensuite fournies aux 100 000 utilisateurs de l'application iPhone de l'entreprise, qui peuvent ainsi choisir où ils vont aller prendre un verre en fonction du taux de fréquentation, ou du sexe de la majorité des personnes qui s'y trouvent.

50 bars sont équipés à Chicago depuis 2011, comme le signalait CBS). D'autres établissements sont concernés à Austin (Texas), et une trentaine à San Francisco. Joindre ce réseau particulier coûte 5000 $ à chaque bar.

Ce développement technologique inquiète les défenseurs de la vie privée, comme le souligne le San Francisco Examiner. Le créateur de Scene Tap, Cole Harper, cité par le magazine Forbes, se défend en répondant que les clients des bars qui paient avec leur carte de crédit donnent beaucoup plus d'informations personnelles que lorsqu'ils circulent sous l'oeil de ses caméras. Mais il ne dit mot d'un plus gros souci : si demain Scene Tap décidait d'ajouter à son appli un système de reconnaissance faciale comme Klik, la menace sur la vie privée ne serait plus théorique : un téléphone serait capable de dire qui a fréquenté tel bar, et à quelle heure...

La Federal Trade Commission (FTC) américaine a consacré une journée de débats aux systèmes de reconnaissance faciale le 8 décembre dernier à Washington. La Consumers Union reconnaît que ces technologies peuvent être bénéfiques pour les consommateurs, tout en soulignant les dangers, et demande qu'en tout cas, les enfants de moins de 13 ans ne soient pas reconnus par des systèmes automatiques sans l'accord de leurs parents. Pour l'instant, la loi ne limite pas leur utilisation dans les lieux publics.

En France la CNIL se penche aussi sur le sujet, rapportent Les Echos, qui préviennent : les images disponibles sur la toile "sont autant de petites fiches biométriques laissées dans le cyberespace" . Et les champs d'application sont immenses : "Des expérimentations ont déjà été menées pour mettre au point des systèmes de surveillance qui scannent par exemple les supporters présents dans les gradins afin de repérer ceux qui sont interdits de stade», signale Gwendal Le Grand, chef du service de l’expertise informatique à la CNIL.

Le sujet avait déjà été évoqué en 2011, lorsque Facebook avait activé par défaut un système de reconnaissance automatique des photos mises en ligne par ses utilisateurs : "Plusieurs autorités européennes de protection des données personnelles ont réagi au déploiement sur Facebook d’une fonctionnalité de reconnaissance des visages, activée par défaut", notait ZDNet. Devant la levée de boucliers, le réseau social avait rendu obligatoire l'activation de l'option pour ceux qui souhaitaient l'utiliser.

Lire sur arretsurimages.net.