"Pédophilie habituelle" : le magistrat conteste, la Voix du Nord maintient

La rédaction - - 0 commentaires

Les propos de Didier Beauvais – haut magistrat entendu dans le cadre de l'audience disciplinaire du juge Burgaud – faisant état de "soirées-bière" suivies de viols d'enfants, ont fait réagir une partie de la classe politique. Mais le magistrat conteste leur retranscription par La Voix du Nord.

Didier Beauvais, président de la chambre d'instruction de Douai au moment de l'affaire dite d'Outreau, a déclaré hier dans un communiqué qu'il "s'élevait" contre la "reproduction inexacte" de ses propos, qui, "livrés de manière erronée, ont pu effectivement indigner les habitants du Nord-Pas-de-Calais".

Le magistrat aurait déclaré, le 3 février, d'après La Voix du Nord : "Nous connaissions ces soirées habituelles, à Boulogne ou à Avesnes-sur-Helpe. Des soirées-bières où on invite les voisins, on boit beaucoup, on joue aux cartes ou au jeu de l'oie, et où le gagnant peut choisir une petite fille, avec l'accord des parents.""Là-bas, ce ne sont pas des psychologues qu'il faut envoyer, mais des sociologues ou des ethnologues".

Le quotidien régional avait jugé ces propos "stupéfiants", et interrogé Bernard Beffy, procureur au parquet d'Avesnes, qui a déclaré n'avoir pas eu connaissance "d'affaires du type de celle relatée par M. Beauvais" depuis son arrivée en février 2007. Plusieurs politiques du Nord dont Valérie Létard, Jack Lang, Pierre Mauroy et Marine Le Pen ont vivement réagi aux propos que le magistrat aurait tenus.

Dans son communiqué, Beauvais explique avoir parlé de "quelques procédures dans lesquelles des mineurs apparaissaient avoir été abusés sexuellement par des adultes faisant partie d’un cercle plus large que le cercle familial, au cours de soirées alcoolisées, après projection de films à caractère pornographique", et "conteste avoir prétendu que des soirées de ce type étaient "habituelles" ".

Il donne également davantage de détails sur l'une des affaires auxquelles il pensait : "A titre d’exemples, j’ai cité deux affaires, aujourd’hui définitivement jugées, dont l’une se situait dans le ressort du tribunal de grande instance d’Avesnes-sur-Helpe [note de l'AFP : jugement du 23 juin 2004, confirmé en appel le 9 février 2005] et qui faisait apparaître que des enfants avaient été agressés sexuellement par plusieurs adultes au cours de jeux initiés par ces derniers, les scènes ayant été filmées."

De son côté, le correspondant de La Voix du Nord, Eric Dussart, maintient sa retranscription, assurant qu'il n'y a "aucun doute" sur ce qu'il a entendu. "Afin d'expliquer, sans doute, les raisons pour lesquelles les magistrats n'avaient guère de raisons de se méfier de [l'affaire d'Outreau], il a présenté comme « habituelles» des affaires de ce type. (...) Pour être plus précis, il a alors pris pour exemples deux affaires qui ont effectivement eu lieu dans cette région, dont une à Avesnes-sur-Helpe. Mais il n'en a pas mis en avant le caractère exceptionnel au contraire, il a répété : « Pour nous, c'était une affaire tristement banale, parmi celles qu'on traitait de manière habituelle.»."

Retrouvez la chronique de Daniel Schneidermann : "Le juge Beauvais, et sa banderole anti-ch'tis personnelle".

Lire sur arretsurimages.net.