Pas de lien entre défaite PSOE et Indignados, selon la presse espagnole
Gilles Klein - - 0 commentairesAvec 37,53% des voix aux élections municipales espagnoles, le Parti Populaire (PP, opposition de droite) écrase le parti socialiste (PSOE, au gouvernement depuis 2004) qui n'a récolté que 27,79% des suffrages. Ceci alors que les Indignés continuent, à l'appel du mouvement Democracia Real Ya, à camper dans le centre de plusieurs grandes villes pour protester contre le chômage et la crise économique.
On note que la participation électorale est en hausse, comme le vote blanc, prôné par certains Indignés. Mais aucun journal espagnol ne relie la défaite socialiste à ce mouvement. Publico constate que "ces élections municipales sont marquées par un taux record de vote blanc dans l'histoire de la démocratie espagnole : 552 910 personnes ont opté pour le vote blanc, soit 2,57% du total". Le journal de gauche rappelle que lors des élections muncipales de 1999, il n'y avait que 1,95% de votes blancs. Mais le quotidien ne fait pas de lien entre le vote blanc et le mouvement des Indignés, pas plus qu'avec la défaite du parti socialiste. |
"L'Espagne vote le changement", titre le quotidien conservateur ABC, qui explique dans son éditorial qu'"à partir d'aujourd'hui, le Premier ministre ne fait pas seulement face aux critiques du PP de Rajoy, Zapatero affronte personnellement et directement les Espagnols". L'édito ne fait pas référence au mouvement des Indignados (lancé le 15 mai et donc appelé "15-M"), qui est traité en page 52... pour souligner qu'il ne semble pas avoir eu d'influence sur le vote du 22 mai (appelé "22-M").
"L'Espagne exige le changement", titre El Mundo qui, lui non plus ne fait pas référence aux Indignados en Une. Le mouvement est seulement évoqué page 26, pour souligner que les initiateurs du mouvement rappellent qu'ils ont jamais appelé à s'abstenir de voter, et se démarquent des mots d'ordres adoptés dans les assemblées populaires organisées sur les places où campent les manifestants.
El Mundosignale que la présidente d'un bureau de vote d'Alicante portait un tee-shirt du mouvement Democracia Real Ya et explique que les Indignés de province s'organisent pour survivre à la journée électorale du 22 mai.
Proche du pouvoir socialiste, El Paisparle du tsunami du 22 Mai, tout en remarquant que les faits ont démenti ceux qui "avaient prédit que les manifestations de dizaines de milliers de personnes provoqueraient une augmentation de l'abstention".
Le journal constate lui aussi à la Une que "Le PP a balayé les socialistes" et remarque page 29, que l'occupation de la place de la Puerta del Sol à Madrid a survécu à l'élection dont les résultats dimanche soir n'intéressaient pas du tout les jeunes Indignados : "Olmo Gálvez, coordinateur des réseaux sociaux de Democracia Real Ya assure que le résultat des élections l'indiffère. «Ce n'est pas important (...) L'importante c'est de créer un nouveau système, bien plus que de remplacer le parti au pouvoir par un autre. Le mouvement est irréversible»."
Le journal catalan la Vanguardia souligne, logiquement, le changement historique à Barcelone, qui était socialiste depuis 32 ans. Là aussi, c'est seulement en page 16 que l'on apprend que les Indignados souhaitent rester sur la place principale de Barcelone jusqu'au 15 juin.
Qui sont ces jeunes qui occupent les places des grandes villes d'Espagne, et semblent rejeter droite et gauche ? L'occasion de lire notre observatoire sur le mouvement des Indignados.