Pas de journalistes-twitteurs à Canal +

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Canal + avait interdit à sa correspondante à Washington, Laurence Haïm, de publier sur Twitter le compte-rendu en direct des passages de DSK devant la justice américaine. Le directeur général de la chaîne, Rodolphe Belmer, s'en est expliqué mardi 31 mai sur le site du Point, assurant qu'un média doit "maîtriser sa ligne éditoriale". Implicitement, il indique que les journalistes de Canal n'auront plus le droit de twitter.

Dans l'interview, Rodolphe Belmer affirme que "les journalistes professionnels doivent leurs infos à leur public, à leur média." Ce sont les mêmes "raisons d'exclusivité"qu'il avait avancées au Monde pour sa première interview sur le sujet, le 18 mai.

Belmer continue en certifiant que "le sujet, l'angle et le moment doivent être choisis par la rédaction en chef. Sur Twitter, j'ai lu beaucoup de bêtises à propos de l'affaire DSK." En effet. Et ces "bêtises" apparaissent jusque dans ses propres médias : @si avait signalé qu'i-Télé, filiale du groupe Canal, avait relayé le 16 mai une fausse information tirée d'un faux compte Twitter de Tristane Banon.

Puis Rodolphe Belmer justifie sa décision par l'exigence journalistique : "Dans le monde actuel, l'info en soi n'a plus de valeur. Ce qui prend de la valeur, c'est l'information vérifiée, classée, hiérarchisée et analysée. Le «tous journalistes» ou le «tout gratuit», je n'y crois pas."

Belmer décrit un fonctionnement assez baroque, puisqu'il assure que lors des audiences, Laurence Haïm envoyait à sa rédaction "des SMS de l'intérieur de la salle d'audience à New York, et c'est la rédaction en chef qui décidait de restituer l'info à l'antenne". Il l'assure avec verve : "Canal+ et ses différentes antennes se soustrairont toujours à la dictature de l'instantané."

Dans la salle d'audience, lors des comparutions de DSK, quatre journalistes ont twitté : Jean-Philippe Balasse, correspondant d'Europe 1 à New York, Stéphane Jourdain, correspondant de l'AFP à Washington, François Dufour, le patron de Playbac, groupe de presse spécialisé dans l'actu pour les enfants, et Jon Swaine, correspondant du Daily Telegraph (britannique) à New York.

Belmer a-t-il raison de craindre pour la crédibilité de Canal + ? Il est vrai que si l'on observe le fil Twitter du correspondant de l'AFP, on remarque un certain mélange...

... entre les faits bruts et les commentaires et appréciations personnelles, plus légèrespicto


Mais cette frontière parfois poreuse ne pose aucun problème à Dufour, patron de presse totalement conquis par Twitter. Interrogé par Lefigaro.fr le 30 mai sur sa couverture en direct du procès, le fondateur de Mon Quotidien jubile devant cet outil "discret et rapide" : "Dès qu'on a une info, on l'envoie, comme un journaliste qui couvre un direct, un match de football ou un défilé."

Avant Belmer, d'autres se sont posés la question du danger et des bénéfices de Twitter. Ainsi, en mars 2010, Reuters posait des règles très précises pour ses journalistes dans un manuel. Mais rien d'aussi radical que les positions du dirigeant de Canal, puisqu'il s'agissait avant tout pour les journalistes de séparer leurs comptes professionnel et personnel.

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