Misrata : le récit d'un photographe (Courrier International)
La rédaction - - 0 commentairesUne semaine après la mort de deux photoreporters à Misrata, le site de Courrier Internationalpublie le témoignage, originellement paru dans le magazine allemand Der Spiegel, de Marcel Mettelsiefen, un de leurs confrères qui a passé huit jours dans la ville libyenne. Il y parle de son métier, de ses doutes et de la mort, omniprésente.
Il y a d′abord cette question récurrente, le choix à faire entre "l′objectif de montrer et la peur d′y rester". Dans les colonnes du Spiegel, repris par Courrier International, Marcel Mettelsiefen parle de la difficulté d′exercer son travail d′informateur. "La rue de Tripoli, au centre-ville, est l’endroit le plus dangereux. Cette ancienne rue commerçante où les gens venaient faire leurs achats est à présent une zone de mort. Mercredi dernier, deux de mes confrères y ont perdu la vie et deux autres ont été blessés. Pour moi, un tel drame n’était qu’une question de temps." Le photographe évoque ses doutes sur l′utilité de son action, quand le danger est si grand : "Nous sommes nombreux à prendre ce genre de risques, à la recherche de la photo parfaite, et nous dépassons souvent les limites du raisonnable. Quant à savoir ce qui nous pousse à agir ainsi, la réponse n'est pas simple. Le jeu en vaut-il la chandelle, eu égard à l’événement, une poignée de photos impressionnantes? (…) Je me dis qu'avec mes photos je peux montrer au monde ce qui se passe ici. Je peux montrer ce que Kadhafi essaie de dissimuler: les souffrances des civils. Cela me donne l’impression de pouvoir susciter une vraie réaction. Ai-je raison ?" |
Il décrit la mort, qui peut survenir partout : "Durant les huit jours où j’ai travaillé à Misrata, j’aurais pu mourir quatre fois. (…) La première fois, c'était après le bombardement du centre de la presse par les forces de Kadhafi. Nous nous étions réfugiés dans un hôpital où nous nous sentions en sécurité. Là, des gens n’arrêtaient pas d’imiter le bruit de grenades: “piiuuuchchch!” Certains prenaient peur et ça faisait rire les autres. Plusieurs fois. Puis, une vraie grenade est arrivée. Nous étions dans la cour intérieure d’un immeuble, en zone de combat. Il y avait des enfants qui jouaient. Nous sommes entrés pour déposer nos affaires et nous avons entendu un sifflement, suivi de trois explosions “boum, boum, drrrschsch”. Les enfants avec qui nous avions plaisanté deux minutes auparavant étaient morts. Une bombe à fragmentation. (...) Je n’ai dû qu’au hasard de ne pas être resté dans cette cour."
Le journaliste conclut : "J’étais content de quitter Misrata. C’est le genre de situation où nous subissons un stress énorme mais nous ne nous en apercevons que lorsque nous en sommes sortis et que la tension retombe."
Comment informer sur la guerre ? C'était le thème de l'une de nos dernières émission, avec David Pujadas.