L'Iran laisse planer le doute sur une libération de Sakineh

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La condamnation à la lapidation de l'Iranienne Sakineh Mohammadi-Ashtiani pourrait être annulée, selon les propos d'un haut responsable de la Justice iranienne, dimanche. Selon lui, des "ambiguïtés" demeurent dans les preuves apportées dans cette affaire, rapporte l'AFP. Mais cette déclaration pourrait bien être le résultat d'un "deal" entre la famille de Sakineh et la justice iranienne.

La justice locale a fait apparaître Sakineh et son fils, Sajjad Ghaderzadeh, devant un groupe de journalistes, samedi, pendant une dizaine de minutes, sans que ceux-ci ne puissent poser de questions. Ghaderzadeh a demandé à cette occasion que la peine de mort de sa mère soit commuée, tout en indiquant qu'il considérait que sa mère était coupable du meurtre de son père.

Déclaration étonnante: Ghaderzadeh a toujours proclamé l'innocence de sa mère. Il avait précisé au journaliste franco-iranien Armin Arefi, que nous avions interviewé, et avec qui il était en contact régulièrement par téléphone, avant d'être lui aussi emprisonné, que le meurtrier de son père avait déjà été retrouvé, et que sa mère était innocente. Comme nous le racontions en septembre, c'est lui qui a commencé à se mobiliser pour médiatiser l'histoire de sa mère à l'étranger. C'est depuis son emprisonnement avec sa mère, qu'il a changé de version, et s'est livré à des "confessions".

"Je suis venue devant les caméras de mon plein gré pour m'adresser au monde", a dit de son côté samedi Sakineh, ajoutant: "Laissez tomber mon affaire". Puis elle a affirmé qu'elle entendait porter plainte contre deux journalistes allemands venus interviewer son fils et emprisonnés depuis en Iran, ainsi que contre son avocat Mohammad Mostafaie, et Mina Ahadi, qui dirige le Comité international anti-lapidation, ONG qui se mobilise depuis plusieurs mois en faveur de Sakineh.

Ce ne sont pas les premiers "aveux" télévisés de Sakineh. Elle était déjà apparue à la télévision iranienne le 11 août, puis le 15 novembre, pour des "confessions" qui avaient été dénoncés par ses avocats comme contraintes et forcées. Dans la première vidéo, elle reconnaissait qu’un homme avec lequel elle était en relation lui avait proposé de tuer son mari, et qu’elle avait laissé cet homme commettre le meurtre devant ses yeux. Dans la seconde, elle reconnaissait à nouveau un rôle dans le meurtre de son mari. Et son fils, contraint aussi à des confessions télévisées, s'en prenait à l'avocat de sa mère, lui reprochant d'avoir médiatisé l'affaire.

Les raisons de la condamnation de Sakineh Mohammadi-Ashtiani sont relativement floues. Elle aurait été condamnée à mort en 2006 pour complicité dans le meurtre de son mari, avec l'aide de son amant, et à la lapidation pour adultères. Selon certaines sources, la première peine aurait été ramenée à 10 ans de prison en appel en 2007, mais la seconde aurait été confirmée la même année par une autre cour d'appel. Selon d'autres sources, Sakineh aurait déjà été acquitté du meurtre de son mari. Et l'Iran aurait "ressorti" cette condamnation pour complicité de meurtre cet été, au moment de la mobilisation internationale, pour alourdir la condamnation pour adultère.

En Allemagne, comme en France, les déclarations de Sakineh Mohammadi-Ashtiani n'ont pas convaincu. "Le contenu des déclarations rapportées et la façon dont elles ont été faites soulèvent bien des questions", a déclaré une porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères. "Les conditions dans lesquelles s'est déroulée la conférence de presse organisée par la justice iranienne de Sakineh Mohammadi et son fils, qui n’ont pas pu répondre aux questions des journalistes, suscitent des interrogations", a déclaré pour sa part le ministère français des Affaires étrangères français.

"Je pense qu'elle est soumise à une énorme pression par le régime islamique et qu'elle a dit ça sous la pression", a commenté pour sa part Mina Ahadi. Pour Bernard-Henri Lévy, la rencontre avec la presse de Sakineh Mohammadi-Ashtiani relève tout simplement d'une "mise en scène". "Pour nous qui avons, pendant plusieurs semaines, été en contact avec Sajjad, ces “aveux” ne signifient rien. Lui comme sa mère ont dû être soumis, pour tenir pareils propos, à d’insoutenables pressions et, peut-être à des tortures", écrit-il sur son site La règle du jeu, Il analyse les déclarations iraniennes ainsi : "Ou bien l’on s’apprête à commuer la peine de mort par lapidation en une autre forme de mise à mort, par exemple par pendaison – et l’horreur ne sera pas moins grande. Ou bien le pouvoir iranien cherche une porte de sortie pour, sans perdre la face, commencer de reculer – et ce sera la preuve que, comme nous le disons ici depuis des mois, la mobilisation paye."

Retrouvez notre enquête, "Comment Sakineh est devenu le symbole de l'oppression des femmes en Iran".

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