Liens Sarkozy-médias : "dignes d'un soap opera" (Financial Times)

Gilles Klein - - 0 commentaires

On pourrait croire que la France est un pays de gauche, mais "le socialisme est seulement à la surface" dans notre pays, assure dans un vigoureux point de vue un journaliste du Financial Times vivant en France. Il dénonce notamment "une clique de milliardaires" qui "possède un pouvoir étonnant" : celle qui détient les médias.

La tribune de Simon Kuper, journaliste du Financial Times vivant en France et plutôt spécialisé dans le sport et la littérature, s'appuie principalement sur le récent livre de Jean Quatremer (correspondant de Libération à Bruxelles), qui revient en détail sur la proximité entre presse et pouvoir, à l'occasion de l'affaire DSK.

Les journalistes ont gardé le silence sur les habitudes sexuelles de DSK jusqu'à ce qu'il ait des ennuis à l'étranger souligne l'article, en citant Quatremer. Il estime que cette docilité rend les médias français attirants pour les milliardaires, comme Serge Dassault et Arnaud Lagardère qui possèdent la plupart des médias papier, tandis que Martin Bouygues est le principal actionnaire de TF1. Surtout que beaucoup de contrats viennent de l'Etat : "La France n'a pas de Rupert Murdoch, pas de magnat qui détient des médias pour faire de l'argent, explique Christophe Deloire, coauteur de Circus Politicus. Les milliardaires français possèdent plutôt des médias pour soutenir leur business principal. Inévitablement, les propriétaires courtisent les politiciens, plutôt que les lecteurs ou téléspectateurs ordinaires."


L'article souligne la proximité entre ministres et journalistes seniors, qui ont '"souvent étudié ensemble à Sciences-Po, habitent les mêmes coins de Paris, mangent ensemble et parfois couchent ensemble" : "Dans un pays où plusieurs femmes de ministres ont présenté les infos à la télé, et où la compagne de Hollande est journaliste, qui a besoin de métaphores sur les liaisons incestueuses entre presse et pouvoir ?"

L'auteur n'épargne pas Nicolas Sarkozy, bien au contraire. L'ironie est féroce : "L'étreinte politico-médiatiquea atteint son apogéeavec le président Nicolas Sarkozy. Il s'est arrogé ledroit de nommerles dirigeants dela télévision et de la radiod'Etat. Ses liens avecles baronsdes médiasprivéssont presquehilarants, avecdemultiples enchevêtrements dignes d'unfeuilletonbrésilien oud'un roman victorien. Bouyguesest le parrain del'un des filsde Nicolas Sarkozy. SarkozyaappeléLagardère"plus qu'un ami, un frère". VincentBolloré, autre milliardairedes médias, a prêtéson yachtà Sarkozy. Dassault, dont la famille est puissante dans le domaine desavions de chasse, est sénateurdans le parti deNicolas Sarkozy, même si, malheureusement il n'est plusmaire, après qu'un tribunal a constaté qu'ilavaitpayé des électeurs."

Pour le Financial Times, "pour ceux qui vivent en-dehors des arrondissements les plus recherchés de Paris, tout cela ressemble un peu à la Russie de Poutine". Il conclut avec ironie en remarquant que le lancement de la version française du Huffington Post a rompu la tradition : au lieu de choisir une femme de ministre pour le diriger, on a choisi Anne Sinclair, la femme d'un ancien ministre, "Madame Strauss-Kahn" en français dans le texte.

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