Libye : Obama sous le feu des critiques US, Sarkozy salué

Gilles Klein - - 0 commentaires

Pour sa participation ambigüe aux opérations militaires en Libye, Barack Obama est sous le feu des critiques, de la part de son opposition, mais aussi de

sa majorité. C'est ce que montrent aujourd'hui le Washington Post et le New York Times. Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy voit sa cote remonter auprès des conservateurs américains.

Le Président américain est pris entre deux feux : les milieux proches des conservateurs reprochent à Obama son action trop timide et tardive contre Kadhafi ; ceux qui sont proches des démocrates s'inquiètent, eux, d'un éventuel enlisement, et soulignent qu'Obama aurait dû demander l'autorisation du Congrès, le parlement américain, pour participer aux actions militaires.

Toute la page Commentaires du Washington Post, plutôt de centre droit, est consacrée à la crise libyenne: le commentateur Michael Gerson titre sur le réveil tardif d'Obama : "En Libye, l'Amérique n'a pas été le leader, regrette-t-il. Pendant des semaines, son administration a été paralysée par des violentes divisions internes. Alors que Kadhafi promettait de nettoyer la Libye maison par maison, la France et la Grande-Bretagne voulaient agir immédiatement. (...) Ce n'est que la semaine dernière, après une réunion très polémique que le président a finalement défini une position."

Dans la même page, Richard Cohen salue (sous le titre "Le plan d'Oncle Millie", du nom d'un héros des débuts de la télévision aux USA) la clarté de la position française : "Sarkozy a déclaré «La France a décidé d'assumer son rôle, son rôle face à l'histoire». Oui! (en français dans le texte). Malgré le côté franco-français exaspérant de cette déclaration, Sarkozy a eu raison. (...) Mouammar Kadhafi est un sociopathe, un tueur d'innocents, et si il coince ses ennemis à Benghazi, il les massacrera avec une joie extrême."

Cohen critique ensuite longuement et sans ménagement Obama : "L'administration Obama ajoute l'incohérence à la confusion. C'est un mélange dangereux. (...) Le changement qu'Obama nous avait promis nous met dans une fâcheuse position. Ses idées ne s'appuient ni sur l'âge, ni sur l'expérience. C'est une chose de critiquer l'unilatéralisme américain, et s'en est une autre d'attendre une action internationale quand le temps presse. Il n'est pas toujours nécessaire que l'Amérique dirige, mais il est quelques fois nécessaire qu'elle le fasse, et il est toujours nécessaire pour un président de savoir quand ce moment est arrivé.

(...) Voici un pays qui se lance dans une nouvelle opération militaire, alors que son président est au Brésil. Le contraste est évident, il prend ses distances face aux conséquences de sa propre politique. L'homme qui est supposé être au centre de tout est à la périphérie. Obama n'a pas l'estomac pour une guerre en Afghanistan mais il la fait quand même. Même chose pour ce qui reste de notre intervention en Irak. Et maintenant la Libye. Ces missions manquent de clarté"

 

Dans un registre plus sensible aux arguments des Démocrates, l'éditorial du New York Times d'aujourd'hui rappelle que Obama a "insisté en indiquant que l'objectif militaire est seulement de protéger les civils et que des troupes terrestres américaines ne seront pas déployées. Nous espérons qu'il tiendra ces engagements." "Il y a d'importantes questions, souligne le quotidien. Que feront les États-Unis et ses alliés si les rebelles ne peuvent pas déloger le colonel Kadhafi ? Au minimum, ils doivent être prêts à maintenir longuement des sanctions contre ce régime, tout en aidant les rebelles à mettre en place un gouvernement, s'ils veulent réellement qu'ils gagnent. M. Obama aurait dû associer le Congrès à sa décision, et il doit le faire maintenant."

Hier déjà, le blog des correspondants de Libération citait Politico (site et journal papier américain dédié à l'analyse la vie politique à Washington), décryptant les raisons des engagements américains et français. Et soulignant le regain de prestige de la France aux yeux des conservateurs : : "Obama était plutôt réticent à se lancer en guerre du fait de considérations intérieures, tandis que Sarkozy avait au contraire besoin de cette guerre pour ses propres considérations de politique intérieure."

"Pour Richard Grenell, ancien porte-parole de l’administration Bush aux Nations-Unies, le décalage entre les “indécisions” d’Obama en Libye et l’entrain de la France sont l’occasion aussi de taper sur le premier, et réhabiliter -un peu- la seconde, soulignent les journalistes de Libé. «Bring Back the French Fries!» titre Grenell dans une contribution sur le site du Huffington Post. «Il s’avère ainsi que les frites françaises sont vraiment des frites de la liberté après tout»nous régale, une fois encore, l'ancien porte-parole de Bush."

Plus critique, le site conservateur Fox nation se demandait hier : "Obama a-t-il été entrainé dans la guerre pour aider Sarkozy à être réélu ?"

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