Le "brouillard médiatique" selon Marcel Gauchet (Le Devoir)

Gilles Klein - - 0 commentaires

Marcel Gauchet, philosophe et historien, parle longuement des médias dans le quotidien québecois le Devoir qui fête le "centième anniversaire de sa fondation".

"Nous sommes passés d'une économie de la rareté, où l'information était rare, chère, difficile à obtenir, à une économie de la surabondance, où on peut se procurer les plans de la bombe atomique en trois piques et tout savoir sur la vie privée du roi de Thaïlande. En fait, nous sommes en permanence dans le brouillard parce que nous n'arrivons pas à nous dépêtrer du trop. C'est inédit. Nos cerveaux sont frappés du syndrome de l'obésité. Il y a trop à bouffer et tout le monde s'empiffre. Notre problème revient donc à apprendre à naviguer dans ce flot qui nous déconcerte et où nous avons en vérité de plus en plus de mal à trouver de l'information pertinente éclairante, qui nous donne une prise sur le mouvement des choses."

"Prenons l'exemple récent de la conférence de Copenhague. J'ai été fasciné par la disproportion entre le gigantesque tam-tam médiatique autour de cette réunion mondiale et le fait que, à ce jour, on ne sait pas vraiment ce qui s'est passé dans la négociation. On avait donc mille reporters, toutes les images possibles et imaginables, mais pas ce qui compte!"

"Tout se passe comme si, mentalement, la télé et la radio avaient pris le dessus sur l'ensemble des médias. Ça me frappe d'ailleurs que les internautes, sur les sites d'information en ligne, aient souvent le même réflexe. Ils écrivent, mais en fait, ils raisonnent comme s'ils étaient à la télé. Ils sont ultrarapides, dans un temps haletant, sans chercher à comprendre."

"Au fond, les médias se sont cannibalisés, avec comme résultat une triste déspécification de la presse dont on attend de la réflexion." estime Gauchet

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