L'AFP censure une enquête contre un député UMP (Acrimed)
La rédaction - - 0 commentaires"Un député UMP finance un programme de défiscalisation à l’île Maurice". C'est le titre d'une dépêche AFP soumise à la rédaction en chef en juillet 2010 et qui n'est jamais passée, remarquait Bakchich Hebdo fin octobre. La dépêche en question mettait en cause le député de Marseille Renaud Muselier. Acrimed a cherché à savoir pourquoi la direction de l'AFP ne l'a jamais passée.
"Le député UMP Renaud Muselier a fait bâtir à l’île Maurice des villas de luxe qui permettent à leurs acquéreurs d’y payer moins d’impôts, un investissement en porte-à-faux, selon des experts, avec la lutte menée par le gouvernement contre l’évasion fiscale" indiquait la dépêche censurée, que le site Acrimed a réussi à se procurer.
Muselier, qui était mis en cause même si rien ne semblait illégal dans ce montage financier, avait été contacté par le journaliste de l'agence. On pouvait ainsi lire dans la dépêche : "Interrogé par l’AFP sur d’éventuelles contradictions avec la politique du gouvernement, qu’il soutient, contre l’évasion fiscale, M. Muselier a répondu que Maurice figure sur la liste blanche des paradis fiscaux de l’OCDE et que le projet Belle Rivière respecte la convention de non double imposition en vigueur avec la France, signée en 1980". Malgré cette précaution, la dépêche n'est jamais passée. "À la lecture de la première version de l’enquête, la rédaction-en-chef estime que « ce papier est un OVNI », avance que ces « faits ne sont pas illégaux », et qu’il faudrait pour le passer une « accroche d’actualité » ou bien « une controverse suscitée par l’opposition »" explique Acrimed. |
Le texte est remanié une première fois, puis il est passé par le service juridique au mois d'août. Mais début septembre, le directeur de l’Information de l'AFP fait savoir que la dépêche ne sera pas diffusée. Suite aux questions de plusieurs journalistes sur cette censure, le directeur de l’Information explique son refus, dans un mail interne, cité par Acrimed : "le papier n’était malheureusement pas assez solide pour l’agence car il se place essentiellement sur le terrain de la morale politique à partir de faits qui laissent planer des soupçons (…) et il n’y a dans cette histoire pas de procédure judiciaire en cours, pas d’accusations, pas de polémique etc… Bref pas assez de factuel" écrit-il.
Depuis, l'affaire du programme de défiscalisation de Renaud Muselier est sortie dans Bakchich Hebdo fin octobre et dans Le Canard enchaîné début novembre.