La langue de sable des décomplexés

Daniel Schneidermann - - 0 commentaires

C'est aussi une affaire de musique.

Dans les premiers temps du sarkozysme, une musique triomphante réveillait chaque jour le matinaute. On transgressait à tout va. On avait gagné la bataille idéologique (relisez donc la chronique de Judith, pour mesurer le chemin parcouru). On était décomplexé. On allait faire éclater les tabous. On allait voir ce qu'on allait voir.

Les entendez-vous, ces temps-ci ? Langue de sable empilée en sacs protecteurs, ministres casqués, alourdis par leurs gilets pare-balles, qui n'osent plus sortir de leur forteresse. Ainsi Laurent Wauquiez, ce matin, sur France Inter, interrogé sur le malaise de Pôle Emploi, tétanisé par la crainte de la gaffe "à la Lombard". "Nous sommes très attentifs. Vigilants. A l'écoute. Il serait absurde de dire que nous n'avons pas commis d'erreur, etc" Sur la défensive, y compris lorsqu'il est interrogé par Demorand sur les nouveaux "contrats passerelle", dont il s'agit avant tout de persuader la France qu'ils n'ont rien à voir, mais alors strictement rien, avec les emplois jeunes des socialistes.

Quand ils passent la tête au-dessus de leurs sacs de sable, c'est pour aligner "lémédias". De fait, ils n'ont pas tort. Les couvertures des hebdos de la semaine dernière sont éclairantes, sur un certain retournement. Champion toutes catégories, L'Obs, qui rajoute au dernier moment la photo de Jean Sarkozy sur un dossier prêt depuis longtemps sur les "cumulards". Juste derrière, L'Express, naguère organe central de la Carlabrunie, promet au dos de tous les kiosques un dossier-choc sur "ce que cache l'affaire Mitterrand". Magnifique dossier qui, ayant mobilisé les meilleurs limiers de l'hebdo, révèle aux populations terrifiées l'amour du ministre de la Culture, quand il était adolescent, pour les redoutables BD Alix ou Prince Eric. Comme disait un génie politique du XX e siècle, ce ne sont pas les girouettes qui tournent, c'est le vent.

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