Kadhafi : BHL et sa "belle âme"

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Renverser Kadhafi, oui. Le lyncher, non.

Dans sa chronique hebdomadaire du Point, Bernard-Henri Lévy revient sur la mort de Kadhafi. S'il s'est battu pour renverser le dictateur, il déplore son lynchage :


"Je dois être une incurable «belle âme», écrit-il.
Ou un adversaire irréductible de ce mal absolu qu’est, en toute circonstance, la peine de mort. Car il y a quelque chose, dans ce spectacle, qui me révulse.
Il y a, dans cette scène de lynchage, une sauvagerie qui me révolte et que rien n’excuse.
Pire : l’image de cette agonie filmée, puis montrée, complaisamment répercutée sur toutes les télévisions du monde, transformée en fond d’écran, atteint, techniques aidant, une sorte de sommet dans l’art de la profanation."

Dans sa chronique, BHL raconte également avoir fait part à l'officier responsable des troupes ayant arrêté (et exécuté ?) Kadhafi que "les conditions de sa mort, sa mise en scène puis en spectacle, pourraient, si l’on n’y prend pas garde, corrompre l’essence morale d’une révolution jusqu’ici presque exemplaire". Il se félicite de la mise en place de la commission d'enquête et de la volonté du CNT "de faire toute la lumière sur les conditions de ce manquement aux lois de la guerre". Il rompt ainsi avec son embarras, signalé par Daniel Schneidermann dans une chronique, lorsque sur France Inter, au lendemain de la mort de Kadhafi, il n'avait pas paru spécialement favorable à cette enquête.

D'un lynchage à l'autre, symbolique celui-là, Renaud Revel de L'Expressrelève que la chute du régime de Kadhafi donne raison à Nicolas Sarkozy et à BHL. Mais "les commentateurs et éditorialistes n’auront pas rendu à ces derniers l’hommage qu’ils méritent", remarque le spécialiste médias de L'Express.

L’hostilité d’une grande partie de l’opinion et des médias à l’égard du chef de l’Etat et les regards souvent goguenards qui ont accompagné au fil des deux dernières décennies quelques-unes des initiatives et des combats échevelés d’un BHL présents sur biens des fronts, se traduisent aujourd’hui par un embarras quasi général. Comme si les médias de ce pays devaient se faire violence pour accepter de concéder, même du bout des lèvres, un satisfecit aux deux impétrants". Et Revel d'enfoncer le clou : "Idéologues et partisans, les médias français crèvent ainsi de leur sectarisme et de cette cécité qui consiste à oblitérer parfois une réalité historique au nom de vieux réflexes dogmatiques. Qu’il est dur pour ma profession, (qui fit, il faut le rappeler, le lit du chef de l’Etat en 2007, en se vautrant sur son passage, avant de le larder de coups quelques années plus tard), de confesser que, dans l’affaire libyenne, ce dernier a vu juste et ce depuis le début. Et que celui qui s’époumona et s’épuisa au moment du drame de la Bosnie, j’ai nommé BHL, a sans doute mené en Libye, là aussi, le combat le plus noble de sa vie".

Un nouvel élément pour notre dossier libyen.

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