Journaliste menacé de mort par un officiel russe (Novaïa Gazeta)
Gilles Klein - - 0 commentairesLe responsable du service des enquêtes criminelles du procureur de Russie, le général Alexandre Bastrykine, considéré comme proche de Vladimir Poutine, a menacé de mort, le rédacteur en chef adjoint du journal d'opposition Novaïa Gazeta. Le journal raconte l'incident dans son édition d'hier.
Général Alexandre Bastrykine | "Intervenant à la radio Echo de Moscou, Dmitri Mouratov [rédacteur en chef du journal] a raconté comment, dans la nuit du 4 au 5 juin, le général Bastrykine, excédé par un article récent qui le mettait en cause, a ordonné à ses gardes du corps d'emmener Sergueï Sokolov... dans une clairière des environs de Moscou pour lui dire sa façon de penser", raconte Lemonde.fr Sergueï Sokolov |
En effet, la lecture de la page 3 de Novaïa Gazeta (où travaillait la journaliste Anna Politkovskaya, assassinée comme cinq autres membres de la rédaction) est édifiante. Sur deux colonnes, le rédacteur en chef s'adresse directement au général en l'appelant par son prénom: "Je vous écrit une lettre ouverte urgente (...) Lundi matin vous avez invité mon adjoint à prendre l'avion avec vous pour évoquer un de ses articles paru le 4 juin. (...) Vous lui avez demandé des excuses parce qu'il vous mettait en cause avec d'autres responsables policiers. (...) Dans la soirée Sokolov a été assis dans la voiture de vos gardes et conduit sans explication dans un bois de Moscou. Et là vous êtes resté seul avec Sokolov. Je ne veux pas me lancer dans une guerre avec la police et je ne citerai pas vos propos sur la ligne éditoriale du journal, ni sur notre consoeur décédée Politkovskaya. (...) Vous savez que cette fois, la vérité est que vous avez grossièrement menacé la vie de mon adjoint. Et même plaisanté en disant que vous dirigeriez l'enquête vous-même Alexandre. Je sais que les généraux et les enfants adorent faire peur. Mais nous ne sommes pas des enfants, et nous évoquons toujours votre travail avec respect. (...) Nous nous sommes excusés auprès de vous quand notre journal a employé des mots excessifs ou ambigus. Mais maintenant c'est à vous général. J'ai le droit de vous demander que la sécurité de Sergueï Sokolovet et de la rédaction soit assurée. (...) Nous publierons votre réponse. De plus, Alexandre, il y a des affaires non résolues. Par exemple, le cas d'Anna Politkovskaya." | Novaïa Gazeta13 juin 2012 page 3 |
Sergueï Sokolov a provoqué la colère du général en consacrant une page entière (page 3 du journal) le 4 juin au massacre de 12 personnes dont quatre enfants dans le village de Kouchtchevskaya. Il soulignait entre autres, que Sergei Tsepovyaz, animateur d'un gang de la région, considéré comme responsable de ce meurtre, avait seulement fait quelques mois de prison, avant d'être libéré et condamné à une amende symbolique d'environ 6 000 euros "pour dissimulation de cadavres". Les enquêteurs, placés sous la responsabilité du général Bastrykine (qui s'était rendu sur place) n'avaient pas pu prouver qu'il avait directement participé à leur exécution. Sokolov estimait que qu'il y avait eu corruption et versement d'argent au bureau du procureur pour étouffer l'enquête, et obtenir la clémence de la justice.
|
