Iran / Ashtiani : emballement autour d'une fausse libération

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Tout le monde y a cru, ou presque, à la libération de Sakineh Mohammadi Ashtiani, l'Iranienne condamnée à la lapidation. Même l'AFP qui a publié jeudi soir une dépêche allant en ce sens, même si Téhéran n'avait pas confirmé : "Sakineh Mohammadi-Ashtiani, en faveur de qui la communauté internationale s’était mobilisée, a été libérée ainsi que son fils et son avocat, a affirmé jeudi soir à l’AFP le Comité anti-lapidation, dont le siège est en Allemagne". Des nouvelles réjouissantes donc... mais qui sont fausses. Sur son blog, le journaliste franco-iranien, Armin Arefi, qui suit de près le dossier, explique "les dessous de sa fausse libération".

Jeudi soir,  raconte Arefi, il a reçu un coup de fil de Mina Ahadi, la porte-parole du Comité international contre la lapidation : "“J’ai peut-être une excellente nouvelle”, s’écrie-t-elle, apparemment émue. “Plusieurs sources en provenance d’Iran nous indiquent la libération de Sakineh, celle de Sajjad (son fils), de Houtan Kian (son avocat), et des deux journalistes allemands” lui explique-t-elle. L'information semble crédible car on lui a envoyé des photos de Sakineh et de son fils, prise à son domicile. D'après Mina Ahadi, "l’émission d’où ont été tirées ces photos doit être diffusée sur Press TV" [chaîne de télévision iranienne en langue anglaise] le soir-même.

Ensuite, tout s'enchaîne. L'AFP publie une dépêche, Reuters diffuse les photos en mentionnant qu'elles seraient datées du 4 et 5 décembre. Les premières réactions tombent : le ministre des Affaires étrangères italien se réjouit de sa libération, tout comme le président brésilien Lula.

Arefi, qui a guetté l'émission sur Press TV, raconte la suite : "entre deux flash infos, Sakineh fait enfin son apparition sur Press TV. Mais une apparition éclair. Ou plutôt la bande annonce d’une émission à venir. Du genre trailer hollywoodien à la musique angoissante, bien loin des joies d’une libération". Dans cette bande-annonce, on retrouve "l’ensemble de la rhétorique gouvernementale iranienne, selon laquelle Sakineh est avant tout coupable de “complicité de meurtre" explique-t-il. Difficile alors d'imaginer que la chaîne s'apprête à annoncer la libération de Sakineh.

 

Finalement, la chaîne Press TV publiera un peu plus tard un communiqué dans lequel elle explique que les autorités judiciaires iraniennes l'ont autorisée à suivre Sakineh "jusqu’à chez elle afin de produire une reconstitution visuelle de la scène du meurtre" (...) Le programme “Iran Today” de Press TV jettera la lumière sur le meurtre avec de multiples interviews avec les personnes impliquées dans le cas". Il ne s'agissait donc que d'une sortie provisoire, pour faire une reconstitution filmée.

L'occasion de relire notre enquête : "Comment "Sakineh" est devenue le symbole de l'oppression des femmes en Iran"

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