Hollande et la rescapée patronale

Daniel Schneidermann - - 0 commentaires

Et enfin arriva une rescapée.

Elle se nommait Karine Charbonnier, et dirigeait Beck-Crespel, une entreprise de boulons maousses et inoxydables pour les raffineries et les centrales nucléaires à Armentières (Nord). Elle arrivait tout droit de l'enfer des patrons, avec ses syndicats "qui datent de la deuxième guerre mondiale", la loi sur la pénibilité, la loi Hamon, les intermittents, la CMU, les charges, l'insécurité juridique, tout un terrifiant cortège de calamités. Comment ne pas l'admirer ? Et héroïque, avec ça ! Si j'installais mes usines en Angleterre ou en Allemagne, soupira à François Hollande la porte-parole des "Français qui veulent réformer les choses", (sans préciser que certaines de ses usines sont déjà en Angleterre et en Allemagne) "l'économie annnuelle pour l'entreprise serait de trois millions d'euros, c'est colossal". Et tout le monde est dans le même bateau : "les Français qui déménageraient avec moi auraient un gain significatif de salaire net".

Ah, ce n'était pas Gattaz. C'était la même partition, mais quelle interprète ! On l'avait choisie blonde aux yeux bleus, léonine, implacable, imparable. Hollande la connaissait-il ? Savait-il par exemple que son mari, Hugues Charbonnier, co-dirigeant de l'entreprise, dont elle a hérité de son père, avait déclaré à La voix du Nord en 2012 que la situation de Beck-Crespel, plus difficile qu'en Angleterre ou en Allemagne certes, "nous force à l'excellence, c'est une bonne stimulation", bien loin, donc, des pleurnicheries télévisées ?

Un instant, on rêva. On rêva que Hollande, perdu pour perdu, se redresse, et tienne à la dame (la seule du panel de TF1 qui n'ait pas indiqué ses revenus) ce langage : "mais Madame, qu'est-ce qui vous retient de partir ? Si vous souhaitez tant vous expatrier, avec vos cadres ou vos salariés, faites-le ! Et en Angleterre ou en Allemagne, bonne chance, de tout coeur, pour trouver des routes, des trains, des écoles, des collèges, des grandes écoles, des hôpitaux, des crêches, des retraites, des assurances chômage, des théâtres, des concerts, des opéras, des festivals, d'aussi bonne qualité, et aussi accessibles qu'en France". Mais non. Il quêta le satisfecit sur les efforts de compétitivité déjà accomplis, l'obtint, et se laissa décerner un "en progrès, mais à confirmer". Et on se quitta bons amis, entre anciens de HEC.

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