Hadopi "ne servira à rien" (Attali)

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Dans une longue interview au canon dans Libérationaujourd'hui, Jacques Attali dit tout le mal qu'il pense de la loi Hadopi.

Dans une longue interview au canon dans Libérationaujourd'hui, Jacques Attali dit tout le mal qu'il pense de la loi Hadopi.

Déjà dans son rapport pour "la libération de la croissance française", qu'il avait rendu à Nicolas Sarkozy en janvier 2008, il estimait qu'un système réprimant le téléchargement illégal de musique ou de films était "un frein majeur" à la croissance et à l'innovation "dans ce secteur clé" et se positionnait en faveur d'une "licence globale" : pour rémunérer les artistes, il préconisait "de faire verser par les fournisseurs d'accès Internet une contribution aux ayants droit auprès des différentes sociétés de gestion collective des droits d'auteur, sous la forme d'une rémunération assise sur le volume global d'échanges de fichiers vidéo ou musicaux". Une contribution qui pourrait être financée par les internautes eux-mêmes.

Dans Libé, il est interrogé sur une récente idée défendue, "à titre personnel", par le compositeur Laurent Petitgirard, qui vient de quitter le poste de président du Conseil d'administration de la Sacem, la société chargée de répartir les droits d'auteur entre les artistes. Petitgirard propose un système d'abonnement de six euros par mois, qui donnerait accès à des sites officiels de téléchargement illimité de fichiers musicaux.


L'idée pourrait être abordée à la rentrée lors du "Grenelle du financement artistique", voulu par le nouveau ministre de la culture Frédéric Mitterrand, alors que le volet sanctions de la loi Hadopi devrait, lui, être voté par l'Assemblée nationale le 14 septembre.

Jusqu'à présent, la Sacem a toujours soutenu le gouvernement dans sa volonté de sanctionner le téléchargement illégal. Pour Attali, si l'idée de Petitgirard "devenait la position officielle de la Sacem, ce serait une avancée considérable" : "À partir du moment où ils auront accepté de changer de paradigme, la discussion sera infiniment plus ouverte, et beaucoup d'autres choses pourront être admises. Comme accepter d'aller jusqu'à la Contribution Créative (autre nom de la licence globale, ndlr), qui sera certainement la forme la plus évoluée. (...) Si la Sacem avait adopté cette position il y a cinq ans, on aurait aujourd'hui un paysage infiniment plus clair et bien plus profitable aux artistes qui seraient très bien rémunérés via le net."

Attali estime que la loi Hadopi "sera encore une loi, plus ou moins avortée, qui ne servira à rien". Il explique qu'elle a été votée pour "défendre quelques vedettes politiquement très visibles, mais qui ne représentent rien. Et qui, si on y réfléchit bien, sont surévaluées au regard de leur utilité artistique, pour ne pas parler de leur utilité sociale". (...) Les artistes, en tant que tels, devraient être défendus par les pouvoirs publics, ce qui n'est pas le cas."

Mais si la licence globale devient réalité, comment décompter le nombre de chansons téléchargées ? "Il existe déjà des logiciels qui permettent de le savoir, assure-t-il. Il n'est pas plus difficile de connaître le nombre de fois où un film a été téléchargé, que de faire le tour de tous les bals populaires pour savoir quelles musiques ont été jouées par les orchestres amateurs, comme le fait la Sacem depuis un siècle."

Quant à la répartition de cette manne, "il faut vraiment prendre en compte tous les autres arts. Que le cinéma, le jeu vidéo ou le livre restent à l'extérieur serait une grave erreur".


C'est donc le retour du concept de licence globale, que nous avions vainement cherché dans le débat public en mars. Et pour reprendre l'interminable feuilleton de la loi Hadopi, ne manquez pas notre dossier complet sur le sujet.

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