France - Afrique : sommet verrouillé

La rédaction - - 0 commentaires

La journaliste de Mediapart Jade Lindgaard dénonce dans un post, sur son blog , les difficultés auxquelles ont été confrontés les journalistes voulant couvrir le 25è sommet Afrique-

France à Nice, tenu les 31 mai et 1er juin.

"A Nice, pendant deux jours, tout semble avoir été fait pour empêcher les journalistes de faire leur travail," dénonce Jade Lingaard sur son blog. Elle souligne une "distillation au compte-gouttes, mais dans un tuyau bouché, d'informations de base avant la tenue du sommet : il faut attendre le vendredi après-midi, avant-veille de l'arrivée des chefs d'Etat, pour obtenir le programme du sommet, la liste des chefs d'Etat et de gouvernement présents, le nom des chefs de délégation. Pour connaître les entreprises présentes -leur invitation au sommet est pourtant mise en avant comme un progrès dans l'association de la société civile- il faut attendre... le début de la rencontre, lundi." Et d'ajouter, ironique : "Facile pour préparer les interviews et amorcer des rendez-vous."

Visiblement, le travail des journalistes n'est pas facilité. "Sur place, les journalistes sont parqués dans un hôtel. Les rencontres officielles se déroulent...dans un autre. Entre les deux, une grande place, barrée de barrières métalliques et interdite de circulation par les forces de l'ordre," poursuit-elle.

"Les discours? Seuls les textes de l'intervention du chef de l'Etat français et du roi du Maroc sont disponibles en français. Celui du président égyptien Hosni Moubarak, très demandé, n'est distribué qu'en arabe. Rien n'en sera traduit. "


Elle dénonce aussi le mélange des genres, entre communication et journalisme. Le dossier de presse de la rencontre "a été rédigé pour le ministère des affaires étrangères par RFI, dans un étonnant exercice de pastiche d'articles et d'interviews," explique-t-elle. La journaliste raporte également que le magazine Jeune Afrique aurait été approché par le service de communication du chef de l'Etat, pour publier une interview, "mais avec les questions et les réponses déjà rédigées". "Si l'ère de la Françafrique est révolue comme le clament certains, celle de l'ORTF semble encore vivace"! lance-t-elle.

Lors de la conférence de presse finale, qui réunissait cinq leaders nationaux, Jacob Zuma, président de l'Afrique du sud, Paul Biya du Cameroun, Bingu Wa Mutharika, du Malawi, Meles Zenawi, le premier ministre éthiopien et Nicolas Sarkozy, "les trois premières questions ont été pré-attribuées par l'Elysée, qui a déjà briefé les hôtesses qui distribuent les micros: d'abord France Info, puis Vox Africa TV, et enfin RTL". Elle poursuit: "deux autres questions sont prises à la volée (Al-Jezira, une radio italienne) et le chef de l'Etat français clôt la séance, avant de concéder un toute dernière prise de parole, gagnée par une radio allemande qui pose une question gênante sur les avoirs immobiliers de la famille d'Omar Bongo. Et se fait aussitôt renvoyer sur les roses. Une quarantaine de minutes en tout, emballé, c'est pesé. Nous baissons nos mains et ravalons nos questions."

Lire sur arretsurimages.net.