France : AAA sous surveillance

Daniel Schneidermann - - 0 commentaires

Où est passée la crise ? Envolée. Evanouie. Disparue de la Une.

Beau temps revenu sur la France. L'été est là. Quelle crise ? Tiens, par exemple, les 750 milliards du fameux plan de défense de l'euro, le plan du week-end-où-l'euro-a-failli-mourir, où sont-ils, ces 750 milliards (je sais, je rabâche) ? Nulle part. On les cherche. On prend le temps. Chut ! Ne nous dérangez pas, on travaille. Et puis 750 milliards, vous croyez que c'est facile à trouver ?

Les informations sur le suivi de la crise, il faut les chercher à la loupe, comme d'habitude quand les projecteurs se détournent. Il faut chercher à la loupe, pour découvrir cette information déchirante : oui, la France est toujours dans le peloton de tête des pays européens, le fameux club des "AAA". Mais voilà : nous sommes les derniers des premiers. Derrière la Finlande, la Suède, l'Allemagne et les Pays Bas, comme le montre le tableau ci-dessous, établi pour un journaliste de L'Express, Thomas Bronnec, par un économiste de la Banque Mondiale.

Commentaire de l"économiste, Norbert Gaillard : "On voit que la France est en queue de ce peloton. Elle est clairement sous surveillance et c’est ce qui créé l’inquiétude à Bercy. Il y a peu de risque de perdre le AAA dans les six mois à venir car le programme de rigueur est jugé crédible pour le moment. Mais si les agences ont le sentiment que la volonté du gouvernement se relâche, ou si la conjoncture faiblit encore, elles n’hésiteront pas à émettre un "outlook négatif" qui, dans 50% des cas, aboutit dans les six mois à une dégradation."

En soi, ce genre de tableau ne comporte pas de conséquences fatales. Pour une agence de notation, dégrader ou ne pas dégrader la note d'un pays obéit aussi à des considérations d'opportunité (en français, à une part de pifomètre) comme l'établissait clairement notre mémorable émission avec Mélenchon et le trader Marc Touati. Mais tout de même, on ne sait jamais. L'arrière-garde de l'avant-garde n'est pas la position la plus confortable. "Clairement sous surveillance" : c'est ainsi, pas autrement, qu'il faut lire, aujourd'hui comme hier, les quotidiennes gesticulations gouvernementales. Hier, la gaffe de Baroin, affirmant que le maintien de la note "AAA" était un "objectif tendu", avant de rétropédaler en catastrophe : "tendu", ça ne veut pas dire que c'est compromis ou que ça sent déjà le roussi, ça veut dire qu'on y travaille à chaque instant, qu'on est mobilisés,sur le pont, tous ensemble, etc. Aujourd'hui, par exemple, le cent soixante-quatorzième effet d'annonce de Fillon, d'un "coup de rabot" sur les niches fiscales. C'est un signal à ces agences, qui nous tiennent "sous surveillance", même si chacun sait, bien entendu, que la France ne risque rien, strictement rien.


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