Foot : un graphique et un appel
Gilles Klein - - 0 commentairesL'évocation de quotas de joueurs "binationaux" au sein du football français révélée par Mediapart continue à faire des vagues : le site (accès payant) révèle l'existence de statistiques sur les "binationaux" et Libération publie une tribune du "foot d'en bas" dans laquelle "Des éducateurs de clubs de quartier dénoncent l’«hégémonie» et la «suffisance» de la FFF". Un texte signé par 13 éducateurs.
"Pour étayer leur théorie sur le trop-plein d'enfants dits «binationaux» dans les centres de formation, des cadres de la direction technique nationale (DTN) avaient commencé à bricoler, dans leur coin, des statistiques sur l'origine étrangère présumée des principaux jeunes joueurs français." révèle Mediapart. "Mediapart publie ici le graphique que François Blaquart, le directeur technique national (suspendu le 30 avril), brandissait ces dernières semaines en interne, en répétant à l'envi que «les binationaux représentent 40 à 50% des sélections nationales de jeunes!»." "Derrière ce mot abusif de «binationaux» se cachent en réalité, comme Mediapart l'a déjà expliqué, des jeunes Français, exclusivement français à ce stade de leur vie (à quelques exceptions près), qui pourraient être tentés, plus tard, d'acquérir une seconde nationalité (celle de leur mère, de leur grand-père, ou d'un autre ascendant), pour rejoindre une sélection étrangère, le plus souvent par dépit." | Tableau publié par Mediapart. En jaune, les "binationaux" |
Mediapart voit aussi un symbole dans les couleurs du graphique : "Le choix des mots et des couleurs est parlant. Les Français d'origine étrangère, ou supposément étrangère, sont présentés comme «susceptibles à tout moment d'opter pour une autre nation sportive». De lâcher la France, en clair, à n'importe quel tournant."
"A ceux-là, on attribue la couleur jaune,«symbolique de la trahison» (dixit le Dictionnaire culturel en langue française d'Alain Rey). Comme si l'enfant d'immigré de deuxième, troisième, voire quatrième génération, qui prend trop de place chez les Bleus, devenait inconsciemment un «jaune» (surnom donné aux briseurs de grève et autres félons), quand ses camarades ont droit au bleu du maillot de l'équipe de France".
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Un appel du "foot d'en bas" dans Libération
Dans Libération treize éducateurs publient une tribune, dans laquelle ils commencent par défendre la "taupe" qui a réalisé l'enregistrement à l'origine de la polémique actuelle, Mohammed Belkacemi dont ils saluent le travail et les mérites de clubs de football de quartier :
"Lorsqu’il a été nommé Chevalier de l’Ordre national du mérite par Gérard Houllier, nous avons tous été saisis d’un sentiment de fierté. A travers Mohammed, c’est l’engagement associatif dans les quartiers populaires et plus largement, le travail de fond de tous ceux qui font vivre le sport en bas des tours que Gérard Houllier "épinglait" ce jour-là."
Puis, les éducateurs concluent ainsi :
"Il serait souhaitable que le football français, notamment l’équipe de France, par les symboles qu’elle véhicule, s’élève au-dessus de la médiocrité politique ambiante et des impératifs financiers qui rythment ce sport. La FFF a un rôle actif et moteur à joueur, elle met en mouvement des millions d’individus chaque semaine et possède avec l’équipe de France un outil symbolique et politique puissant. Qu’elle assume la France telle qu’elle est, diverse et cosmopolite et qu’elle en tire les conséquences dans son fonctionnement interne. Dans cette histoire, on ne veut pas que la pseudo "taupe" cache la forêt des préjugés et du mépris."
Voir aussi notre dernière émission: Entre racisme et bêtise, les lignes j@unes du foot.
