Exploit : Le Figaro réussit à ne pas évoquer Sarkozy à la Une !
Gilles Klein - - 0 commentairesToute la presse française fait sa Une sur les derniers rebondissement de l'affaire Bettencourt. Le Figaro est le seul à ne pas mentionner le nom du chef de l'Etat à la Une, tandis que l'éditorial de la Tribune est très sévère pour l'attitude de Nicolas Sarkozy :
"Comme pour son équipe de foot, la France navigue sans capitaine, ou presque".
"Parole contre parole ? L’argent des Bettencourt, dit l’une, a financé l’UMP et la campagne présidentielle. Calomnie, répondent les autres. A priori, en l’absence de preuve matérielle, on pourrait s’en tenir à cette symétrie péremptoire. Mais il arrive un moment où la dénégation hautaine ne suffit plus, pas plus que les retouches gouvernementales. La comptable de madame Bettencourt n’est pas connue comme mythomane. Elle est certes partie prenante de la guerre civile familiale qui a fait sortir ces révélations destructrices. Mais sur d’autres points importants, ses assertions ont été vérifiées. Elles sont aussi et surtout l’écho des propos tenus par Patrice de Maistre, qui s’exprimait sans savoir – et pour cause – que ses propos seraient rendus publics. Autrement dit, des questions très sérieuses et très embarrassantes se posent." écrit Laurent Joffrin dans l'éditorial de Libération qui consacre quatre pages au sujet. Libérationmercredi 7 juillet 2010 ![]() |
"L'affaire Woerth-Bettencourt a franchi hier un cran supplémentaire dans la déstabilisation de l'Etat. Et cette fois Nicolas Sarkozy est en première ligne. (...) Mais attention, dans cette affaire où pour l'instant aucune action judiciaire visant des politiques n'a été engagée, tout repose sur les accusations de Claire Thibout... qui ne raconte pas la même chose aux policiers qui l'interrogent et aux journalistes du site Internet Mediapart. Il n'empêche, les dégâts politiques sont déjà considérables. Comment imposer aux Français, face à la crise et aux déficits, de se serrer la ceinture alors qu'ils entendent parler un jour du chèque de 30 millions d'euros signé par l'Etat à Mme Bettencourt, un autre d'enveloppes bien garnies remises comme si de rien n'était à leurs dirigeants politiques ? Dans ce climat délétère, les ténors UMP ont beau crier à la calomnie et rejeter un «lâchage» de Woerth qui affaiblirait aussi le président, une clarification s'impose. (...) Et nombreux sont ceux qui souhaitent un « vrai » remaniement, vite, pour calmer les esprits. Comme si cette affaire Bettencourt, devenue une véritable affaire d'Etat, n'avait pas déjà échappé à tout contrôle politique..." souligne Aujourd'hui en France. Aujourd'hui en Francemercredi 7 juillet 2010 |
Pas de mention de Sarkozy à la Une du Figaro, qui met en avant la défense de Woerth. Il faut aller en page 3 pour trouver dans le sous-titre "Mis en cause dans l’affaire Bettencourt, le chef de l’État s’exprimera le 13 juillet à l’occasion de la présentation de la réforme des retraites." L'éditorial admet pourtant que Sarkozy est concerné "C’est une déferlante. À chaque jour son nouvel et intraitable procureur, à chaque jour son témoin providentiel, à chaque jour sa preuve accablante. Y a-t-il un metteur en scène caché ? On l’ignore, mais, si c’est le cas, il mérite un prix, car il entretient le suspense comme personne et s’y connaît dans l’art du crescendo. Il y avait une affaire Banier-Bettencourt, qui s’est transformée en une affaire Woerth-Bettencourt, et qui devient aujourd’hui « l’affaire Sarkozy-Bettencourt ». On attend le quatrième acte, qui devrait s’appeler en toute logique « l’affaire Sarkozy ». Le scénario est un peu trop bien léché pour être crédible." Le Figaro mercredi 7 juillet 2010 ![]() |
L'éditorial de la Tribune signé Erik Izraelevicz est cruel "Nicolas Sarkozy doit reprendre la main, la parole en tout cas. Ce n’est pas Éric Woerth que l’on attendait hier soir à la télé, c’était le président de la République. La France est plongée, depuis quelques jours, dans une très grave crise d’autorité, au sommet. On brocardait l’« hyperprésident », on s’alarme désormais d’un « infra-président » — et ce n’est pas moins inquiétant. Comme pour son équipe de foot, la France navigue sans capitaine, ou presque. Celui-ci, naguère maître du calendrier et des nominations, donne aujourd’hui l’impression d’être totalement débordé par les événements. (...) Cette crise d’autorité est dangereuse pour notre économie. (...) Pour que cette crise d’autorité ne dégénère pas en crise de régime, on attend la parole du président, et les actes." La Tribunemercredi 7 juillet 2010 |
Avec un petit titre en coin de Une, + une seule page intérieure, Les Echos est le plus discret. "Le chef de l’Etat est désormais pris lui-même dans la tourmente" titre un des articles des Echos : "Toute la stratégie politique arrêtée ces dernières semaines se trouve mise à mal, qu’il s’agisse du retrait présidentiel décidé après les régionales ou des réponses apportées aux polémiques qui atteignent le gouvernement. Aucun contrefeu arrêté ces derniers jours n’a permis d’éteindre la tourmente née des enregistrements du majordome de Liliane Bettencourt. Au contraire, le chef de l’Etat a été chaque jour obligé de revenir sur les décisions prises la veille, donnant le sentiment de réagir au coup par coup. Il avait annoncé son intention de remanier son équipe en octobre. Alain Joyandet a annoncé sa démission sur son blog le week-end dernier (entraînant du même coup celle de Christian Blanc)." Les Echos mercredi 7 juillet 2010 ![]() |

