Dutroux : polémique sur une fuite (presse belge)
Gilles Klein - - 0 commentairesUne rencontre entre Michelle Martin (épouse, récemment libérée, du meurtrier pédophile belge Marc Dutroux) et le père d'une des victimes a été écoutée par un journaliste via un smartphone. Des extraits de la conversation ont été publiés. Martin et le père ont porté plainte.
Vendredi dernier, dans le cadre d'une médiation judiciaire, Michelle Martin, épouse de Marc Dutroux, rencontre Jean-Denis Lejeune, père d'une des victimes du pédophile. Le téléphone d'un médiateur assistant à l'entretien serait tombé par terre en recomposant le dernier numéro appelé, celui d'un journaliste belge qui a écouté, à leur insu, la conversation pendant 57 minutes et en a ensuite publié des extraits le lendemain avec gros titre à la Une de La Meuse (groupe Sudpresse). Polémique sur le rôle du journaliste et enquête du ministère de la Justice, tandis que les deux écoutés ont porté plainte. Mediante, le "service de médiation entre auteurs et victimes d'infraction" agréé par le ministère, parle de souci technique involontaire. "Mon collègue est dépité, consterné, mais rien de tout cela n'est intentionnel. C'est un souci technique qui est à l'origine de cette fuite", explique Laurent Goffaux, un des deux médiateurs présents. "Cette situation catastrophique aurait pu arriver à n'importe quel participant de cette réunion. Ceci dit, les journaux Sudpresse auraient pu se poser une question déontologique. N'auraient-ils pas pu respecter les parties et ne pas divulguer les conversations ?". La Meuse samedi dernier |
Le Conseil de déontologie journalistique (CDJ), qui n'a pas d'autre pouvoir que moral, a été saisi de l'affaire.
De son côté, l'Association des Journalistes professionnels belges condamne : "Après avoir pris connaissance des informations publiées par Sudpresse à propos de l’entretien secret du 16 novembre entre Michèle Martin et Jean-Denis Lejeune, ainsi que des réactions de leurs avocats, l’Association des Journalistes professionnels (AJP) condamne l’utilisation, par les médias du groupe Sudpresse, d’éléments issus de l’écoute de cet entretien. Ces informations relèvent d’une conversation privée entourée d’un dispositif spécifique pour en assurer le secret, et soumise par décision judiciaire à une condition de stricte confidentialité."
"C’est la question de la déontologie des journalistes ayant décidé de l’écouter et d’en tirer profit qui pose question. Il faut s’arrêter sur l’argument-massue de Sud Presse : M. Lejeune aurait suffisamment exposé sa vie privée et utilisé les médias pour qu’il n’aille pas se plaindre d’être médiatisé contre son gré. En d’autres termes : il ne fallait pas commencer, mon vieux, c’est bien fait pour toi", analyse François de Set, docteur en philosophie, dans une chronique diffusée par Première (radio de la RTBF).
Sudpresse fait allusion, sans le dire, au fait que Lejeune, père de la petite Julie tuée par Dutroux, avait écrit à Michelle Martin dans une lettre intégralement reproduite dans Paris Match en août dernier, lorsque Martin avait été libérée de prison pour rejoindre un monastère.
