Diffamation : condamné à Lyon, "Frontières" fait appel
Loris Guémart - - Déontologie - Scandales à retardement - 4 commentairesRetour sur un article dédié à des "street medics" lyonnais, composé à partir de citations anonymes
Lanceur d'alerte, témoin ou infiltré pour le compte du média d'extrême droite Frontières ? Le 21 janvier, la Tribune de Lyon révèle que "le directeur du magazine d'extrême droite a été condamné pour diffamation par le tribunal correctionnel de Lyon, après avoir piégé un membre de «Street medic»". La veille, le 20 janvier, Erik Tegnér a récolté, en première instance, 2 000 euros d'amende avec sursis, 1 000 euros de dommages et intérêts, et 1 000 euros de frais de procédure. "Les juges ont estimé que l'article, paru en septembre 2024 dans le magazine connu pour sa prose identitaire, contenait des propos diffamatoires contre le fondateur de Street medic, lequel était décrit comme un membre actif des black blocs, groupuscule d'ultra-gauche aux militants masqués et virulents en tête de cortèges de manifestation", résume le média lyonnais en ajoutant que Frontières fait appel de la décision – ce qu'Erik Tegnér et son avocat ont confirmé à Arrêt sur images.
Le même jour, Rue89Lyon publie aussi un article, sur l'information qu'il a obtenue par pur hasard : il était présent à l'audience parce qu'une autre procédure le concernait, en l'occurrence le procès que lui faisait le désormais candidat Jean-Michel Aulas mécontent que le média conte ses investissements dans l'aviation d'affaires – Rue89Lyon a été relaxé, Jean-Michel Aulas et son fils ont annoncé faire appel. "Maxime G., ancien pompier et fondateur de l'association
«Street-medic 69»
, a estimé que l'associer au black bloc était diffamatoire.
«Il est assimilé à quelqu'un de violent, de dangereux. […] L'engagement de Maxime G. est précisément à l'opposé de celui des black blocs»
, a plaidé Me Thomas Fourrey, l'avocat du street-médic"
, rapporte Rue89Lyon. "
«La partie civile n'a jamais participé de près ou de loin à ce groupe. Il n'a jamais commis d'actes de violence ou de dégradations»
, décrypte encore l'avocat."
Le média local lyonnais cite encore les conclusions écrites de l'avocat de Frontières, conclusions qu'a aussi pu consulter ASI. Sur la forme, il défendait l'imprécision des propos jugés diffamatoires par l'avocat de Maxime G. Sur le fond, comme l'indique Rue89Lyon, "cette imputation [d'appartenir au black bloc] peut être déplaisante mais ne dépasse pas les limites de la liberté d'expression et ne saurait en soi porter atteinte à l'honneur et la considération". Le témoin, venu à la barre, était membre de l'association, ce que personne ne conteste. Il indiquait dans son attestation, qu'ASI a pu consulter, qu'il "était courant que les membres de l'association participent eux-mêmes aux dégradations lors des manifestations", et citait juste avant une manifestation contre la dissolution des Soulèvements de la Terre lors de laquelle il aurait vu Maxime G. "allumer un fumigène".
Publié en 2024, l'article incriminé prétendait démontrer que l'association Street medic 69 était "infiltrée par des black blocs et la Jeune garde". Avec pour principale preuve "l'ancien président de l'association", c'est-à-dire le plaignant. Il y est décrit comme "un ancien Gilet Jaune, membre des black blocs et de la Family Power", et Frontières poursuivait : "La Family Power, est une unité black bloc qui s'est formée pendant le mouvement des Gilets Jaunes et qui compte dans ses rangs plusieurs éléments extrêmement violents ainsi que des individus se revendiquant comme journalistes."
Mais aucune preuve n'est jamais apportée concernant son appartenance à cette "unité", Frontières s'indignant par contre qu'il ait pu être interviewé par BFM après avoir été blessé en manifestation sans que la chaîne ne donne cette appartenance. "Ils sont environ une dizaine à jongler entre black blocs et Street medics", affirme bien "une source bien informée sur le milieu de l'extrême gauche lyonnaise", mais comme le reste des quelques personnes citées, tous sont anonymes : on compte ainsi aussi "un informateur lyonnais", "une source lyonnaise proche du dossier Street medic 69", "une source proche du dossier" ou "mes dernières sources". Difficile, donc, de démêler qui affirme quoi. L'avocat de Frontières
, Maître Frédéric Pichon, se dit confiant quant à la suite en appel ou même en cassation. "C'est comme si un membre du bureau politique du RN affirmait avoir vu Marine Le Pen tenir ces propos : indépendamment du fond idéologique, c'est très grave pour la liberté de la presse. Vous citez un témoin pas anonyme, membre d'une association, qui dit avoir constaté personnellement telle chose."
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