Dati, et la prime "exceptionnelle" (Mediapart)
La rédaction - - 0 commentairesRachida Dati a-t-elle eu raison, ou tort, de reprendre si vite le travail ? Sondages et éditorialistes s'écharpent. Mais lémédias sont beaucoup plus discrets sur une autre qualité de Rachida Dati: la reconnaissance. Elle vient pourtant de la manifester de manière éclatante, à l'égard d'un haut fonctionnaire de son ministère.
En octobre dernier, André Ride, inspecteur général des services judiciaires, avait "assumé l'entière responsabilité" de l'affaire qui avait affolé le monde judiciaire. Après le suicide d'un mineur à la prison de Metz-Queuleu, présentée par la garde des Sceaux comme une prison modèle, celle-ci avait remis en cause la décision des juges du tribunal de Sarreguemines d'incarcérer le jeune homme. Elle avait demandé une inspection immédiate afin de connaître les cisconstances qui avaient conduit l'adolescent en prison. Le 8 octobre, plusieurs magistrats avaient été auditionnés en pleine nuit, avant d'être totalement mis hors de cause. Les magistrats s'étaient insurgés contre cette décision, pointant la contradiction entre une ministre qui demande toujours plus de fermeté à l'encontre des mineurs et d'autre part reproche ensuite aux magistrats d'avoir appliqué ses instructions.
Deux jours après, la ministre avait annulé au dernier moment sa venue au congrès de l'Union syndicale des magistrats (USM), une première pour un garde des Sceaux. Pour tenter de calmer le jeu, elle avait expliqué qu'elle n'était pour rien dans l'exécution nocturne et brutale de sa demande d'inspection.
Ride avait alors précisé dans un communiqué que "s'il est
exact que la ministre de la Justice [Rachida Dati, ndlr] lui a ordonné
de procéder à une inspection, la Garde des Sceaux, pour autant, ne lui
a jamais fixé les modalités dans lesquelles cette inspection devait
intervenir".
Le site Mediapart (payant, repris partiellement et gratuitement sur Yahoo) a révélé le 11 janvier qu'André Ride avait bénéficié en cette fin d'année d'une prime exceptionnelle : "La garde des Sceaux a signé mi-décembre un arrêté qui octroie une prime
de 20% du traitement indiciaire annuel – le maximum légal – en faveur
d'André Ride. Le texte, publié au Journal officiel le 31 décembre, jour de réveillon, explique que ce montant est «modulé pour tenir compte des résultats atteints par ce dernier au regard des objectifs préalablement notifiés par le ministre».
Selon des sources internes au ministère de la justice, ulcérées par
l'affaire, cette prime pourrait représenter entre 12.000 et 15.000
euros."
Mediapart précise encore : "André Ride est le seul haut magistrat du ministère à profiter cette
année d'une telle prime, parfaitement inhabituelle dans ses
proportions. Les premiers présidents de cour d'appel ou procureurs
généraux n'ont eu droit, eux, qu'à une prime de 9%, le maximum légal
étant de 15%. Un vrai traitement de faveur pour M. Ride (...)"
Cette information aura-t-elle le même impact que le retour accéléré de Rachida Dati au conseil des ministres après son accouchement ?