Côte d'Ivoire : trois journalistes jugés (Rue89)
La rédaction - - 0 commentairesThéophile Kouamouo, journaliste français et blogueur sur Rue89, et deux de ses collaborateurs sont incarcérés depuis dix jours à Abidjian. Ils sont jugés aujourd'hui et risquent un an de prison ferme, 15 000 euros d'amende ainsi que la suspension de leur journal. Derrière leurs déboires judiciaires : la publication d'une enquête sur des détournements de fonds dans la filière café-cacao.
"Théophile Kouamouo, nouveau martyr de la presse africaine?" C'est la question que pose le site Rue89. On peut être inquiet pour le Français, directeur de la rédaction du quotidien ivoirien Le Nouveau courrier, ainsi que pour les Ivoiriens Stéphane Guédé et Saint Claver Oula, directeur de publication et rédacteur en chef. Ils se voient en effet reprocher "la publication d'informations issues d'un rapport de 137 pages que la presse ivoirienne a baptisé "le livre noir de la filière cacao-café", indique le site d'information. Ce sujet très sensible en Côte d'Ivoire devait "faire l'effet d'une bombe" comme ils l'expliquaient le 13 juillet dernier, indique l'Express.fr. Lorsqu'on lit le blog de Théophile Kouamouo, on comprend mieux la nature de ces révélations: "Escroqueries, abus de confiance, détournements de fonds, faux et usage de faux en écriture, abus de biens sociaux… Le Nouveau Courrier décrit par le menu les méthodes utilisées, évoquant des manipulations financières, des achats de propriétés en France, des comptes à Monaco, …" D'autant que comme le rappelle Rue 89, "la filière cacao-café est au cœur du fonctionnement du pouvoir ivoirien. Révéler ses excès, les dérives de ses hommes forts et les véritables liens qui les unissent à la classe politique, c'est faire œuvre d'information dans une société où les passe-droits et les privilèges minent la confiance collective dans les institutions". |
Le procureur en charge de l'enquête, Raymond Tchimou, entend à tout prix retrouver les sources des journalistes. Une requête logiquement refusée par Théophile Kouamouo qui s'est réfugié derrière "l'indispensable secret des sources". La procédure judiciaire est d'autant plus étonnante que, comme le souligne Rue89, qui cite Reporters sans frontières, "les peines d'emprisonnement sont exclues dans le pays pour les délits de presse depuis 2004".
(Jean-Yves Alric)