Colorisation : restitution ou trahison ? (Telerama.fr)
Gilles Klein - - 0 commentairesLa série documentaire Apocalypse (France 2) composée d'archives de la Seconde Guerre Mondiale colorisées relance le débat sur le bien-fondé de cette mise en couleurs de documents tournés en noir et blanc, constate Telerama.fr
| "La rareté des archives en couleurs, alliée aux succès engendrés par
cette forme d’« actualisation » du passé, incite certains réalisateurs
à colorier numériquement les images noir et blanc. (...) « Pourquoi pas, si c’est pour faire du spectacle, admet en souriant le documentariste Serge Viallet, qui interroge scrupuleusement les documents audiovisuels dans sa série Mystères d'archives,
diffusée tout l’été sur Arte. Voilà
cent ans, la société Pathé employait des centaines de femmes à colorier
quotidiennement des films noir et blanc, afin qu’ils soient vendus
quatre fois plus cher et attirent un plus large public. Aujourd’hui, la
colorisation remplit toujours le même office. »" "Les réalisateurs Daniel Costelle et Isabelle Clarke affirment que ce traitement de l’image vise moins à séduire qu’à se rapprocher du réel, n’hésitant pas à qualifier le noir et blanc d’« amputation » et préférant au terme de « colorisation » celui de « restitution des couleurs » ! « Les événements ont été vécus en couleurs, rappelle le « restitueur de couleurs » François Montpellier, qui travaille avec eux (...) S’ils nous ont été transmis en noir et blanc, c’est uniquement pour des raisons d’insuffisance technique… que l’on est aujourd’hui capable de corriger ! » Une telle confusion entre le réel et l’archive, l’histoire et ses représentations, se double dans Apocalypse, d'Isabelle Clarke, d'une volonté revendiquée de réactiver l'impact émotionnel des événements eux-mêmes. « La couleur rend une proximité à des images qui peuvent sembler très lointaines à des jeunes », explique Louis Vaudeville, qui a produit cette série dont France 2 diffuse mardi 22 les deux derniers volets. Mais chercher à rendre proche ce qui est lointain en le conformant aux standards du flux télévisuel, c'est aussi sacrifier au « présentisme » dénoncé par l'historien François Hartog dans Régimes d'historicité. Présentisme et expérience du temps (Le Seuil, 2003) - cette propension très actuelle à rapprocher l'hier de l'aujourd'hui." |