Bissonnet : le récit passionnant du Monde

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Une affaire judiciaire, quasiment transformée en nouvelle.

A l'heure où l'article court est devenu la règle dans les journaux, Le Mondepublie dans son édition du 25 novembre un récit passionnant sur l'affaire Bissonnet, du nom de ce riche retraité de 64 ans qui a commandité le meurtre de sa femme en demandant à son jardinier de l'éliminer. Sur une double page, la journaliste Pascale Robert-Diard, qui avait déjà publié sur son blog quelques billets sur cette affaire, dresse le portrait croisé des trois principaux protagonistes de l'affaire : Jean-Michel Bissonnet, le mari commanditaire (finalement condamné en appel à 20 ans de réclusion), Meziane Belkacem, le jardinier ayant tiré les coups de feu (condamné à 20 ans) et le vicomte d'Harcourt condamné à huit ans de prison pour avoir participé aux préparatifs du crime.


Plus que l'histoire en elle-même, c'est la longueur du papier, la description minutieuse du procès et la manière dont la journaliste raconte le parcours de ces trois accusés qui font de cette sombre histoire (la mort d'une femme) un récit passionnant où les accusés deviennent presque au fil des lignes les personnages d'un roman.

En voici un extrait avec la description du père du principal accusé, venu assister au procès de son fils :

"Cela fait déjà quelque temps que le président a repéré l'homme au blazer bleu marine qui vient s'asseoir seul, chaque matin, sur les bancs du public. Toujours à la même place, devant, pour mieux entendre ce qui se dit, mais pas tout devant non plus, pour laisser la place aux autres. De là où il est, il voit bien le box, sans être gêné par les reflets sur les vitres qui encagent les trois hommes, le vieux un peu maigre, le rondouillard aux cheveux gris qui s'agite tout le temps et le grand impassible. Le dernier, c'est son fils. Il a assassiné à bout portant une dame qu'il connaissait peu et qu'il aimait pourtant bien. Il a expliqué qu'à ce moment-là tout allait mal dans sa vie et qu'il avait fait ça pour de l'argent, à la demande de son patron - l'homme aux cheveux gris -, qui en avait marre de sa femme. Il a dit aussi que l'ami du patron - le vieux maigre - était au courant avant et avait récupéré l'arme après. Le vieux maigre a dit que tout était vrai. Le patron dit qu'ils mentent tous les deux.
L'homme au blazer a gardé les mains croisées, posées sur ses cuisses tout le temps où son fils parlait. Ça n'a pas été très long, car il n'a pas beaucoup de mots. A la fin, il a dit : " De toute façon, j'ai jamais rien réussi. " Avant qu'il ne se rassoie sur le banc des accusés, le président lui a demandé : " Monsieur Belkacem, c'est bien votre père qui est dans la salle ? " La voix a hésité.
" Oui.

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