Beate Klarsfeld, payée par l'Allemagne de l'Est

Gilles Klein - - 0 commentaires

Beate Klarsfeld, célèbre chasseuse d'anciens nazis avec son mari Serge, est candidate à l'élection présidentielle allemande du 18 mars. Face à elle, le favori, Joachim Gauck, qui s'est lui battu contre la Stasi, la police politique est-allemande, avec laquelle Klarsfeld a collaboré pour débusquer d'ex-nazis.

Le président de la République allemande n'est pas élu au suffrage universel comme en France : ce sont les parlementaires et les représentants des régions (Länder) qui votent pour choisir l'élu à ce poste, symbolique et qui n'a rien à voir avec l'équivalent français.

Le duel entre Gauck (72 ans, soutenu par les principaux partis) et Klarsfeld (73 ans, soutenue par les ex-communistes de Die Linke) pour remplacer le précédent président, Christian Wulff, qui a démissionné le 17 février, soupçonné de corruption, est commenté dans un article publié sur trois colonnes en bas, à gauche, de la Une de Der Tagesspiegel.

Le journal se demande si, quand il sera président, Gauck décorera Klarsfeld pour sa chasse aux nazis, saluée en France, mais jamais honorée en Allemagne. La gauche avait proposé de décorer Klarsfeld en 2009, mais le président de l'époque avait refusé car elle vivait à Paris, rappelle Der Tagesspiegel. Le journal n'oppose pas ces deux parcours, mais voit Gauck et Klarsfeld comme les deux faces d'une même médaille, comme l'indique le titre de l'article : "Zwei Seiten einer Medaille?"

Article de Klarsfeld publié en février 1969 en Allemagne de l'Est

La candidature de Klarsfeld a été sévèrement critiquée par le secrétaire général des démocrate-chrétiens. Elle est certes connue pour avoir giflé le chancellier Kurt Kiesinger (démocrate-chrétien) le 7 novembre 1968 en raison de son passé de membre du parti nazi, mais le quotidien Die Welt du 7 mars (cité par Libé ce matin) a révélé qu'elle avait reçu 2 000 Marks du parti communiste est-allemand du temps de l'Allemagne de l'Est (RDA) pour cette gifle.

Die Welt laisse entendre que Klarsfeld avait reçu des informations sur Kiesinger de la part de la RDA, qui voulait salir la réputation de l'Allemagne de l'Ouest. Le journal explique que la prime de 2 000 Marks a été présentée comme le paiement de l'article de Klarsfeld publié dans DDR-Revue, magazine officiel publié en Allemagne de l'Est, où elle racontait "Pourquoi j'ai giflé le chancellier Kiesinger".

Interrogée par Die Welt sur sa collaboration avec la RDA, puis sur la publication de cet article dans une revue du régime est-allemand, Klarsfeld a d'abord déclaré ne plus s'en souvenir. Puis, quand l'article a été faxé à son bureau parisien, elle a reconnu avoir été soutenue par la RDA, tout en déclarant ne jamais avoir travaillé pour le compte de l'Allemagne de l'Est.

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