Assange, "homme de l'année" pour Le Monde

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Il a été cité des dizaines de fois dans les pages du journal pendant douze mois ; il vient d'être désigné par le Monde comme son "homme de l'année 2010".

Julian Assange, le fondateur et porte-parole de Wikileaks fait l'objet d'un long portrait, très complet, dans le Monde Magazine, et son organisation a droit, en plus, à une double page dans le quotidien. Le choix n'est bien sûr pas anodin, puisque Le Monde est l'un des journaux partenaires de Wikileaks dans ses révélations sur l'armée et la diplomatie américaine.

Dans une vidéo postée sur LeMonde.fr, la directrice de la rédaction Sylvie Kauffmann, justifie ce choix, en expliquant que la rédaction avait hésité à choisir l'opposante birmane Aung San Suu Kyi. Mais, assure Kauffmann, pas besoin qu'Assange soit "un héros positif" pour le distinguer, c'est lui qui a "posé les termes du débat sur la transparence de manière extrêmement vive et assez radicale".

picto Son "impact a été le plus fort".

Kauffmann indique aussi, par écrit dans son journal, que le partenariat de Wikileaks avec les cinq journaux "arrive à son terme" : "WikiLeaks, reprenant son autonomie, s'apprête à présent à élargir la diffusion des télégrammes à d'autres journaux, répartis sur différents continents. Selon Julian Assange, ces télégrammes seront expurgés soit par les organes de presse concernés, soit directement par WikiLeaks."

Contrairement à ce que les extraits sélectionnés par LeMonde.fr pourraient laisser penser, le portrait d'Assange dans le Monde magazine n'est pas seulement louangeur. Il remonte aux origines de Wikileaks, qui s'est fait connaître pour la première fois en 2007, en diffusant des documents prouvant la corruption mise en place par l'ancien président kenyan, Daniel Arap Moi, et par la répression qu'il avait organisée (nous l'expliquions dès le mois d'avril). L'article retrace aussi la biographie de celui qui se dit "militant, journaliste, programmeur de logiciels, expert en cryptographie, spécialisé dans les systèmes conçus pour protéger les défenseurs des droits de l'homme" et est né en 1971. Il s'attarde assez longuement sur les accusations de viol dont Assange est l'objet en Suède, et leurs conséquences pour le militant, arrêté en Angleterre, puis relâché et soumis à un contrôle judiciaire strict.

Le portrait balance entre les deux pôles de cette "star planétaire" : "Pour les uns, il est le nouveau héros de la liberté d'expression, le prototype de l'aventurier du XXIe siècle, aussi à l'aise dans le cyberespace que dans les bidonvilles africains. Pour les autres, c'est un mégalomane irresponsable et un ennemi de la démocratie occidentale."

D'un côté,le journaliste du Monde Yves Eudes, qui l'a rencontré plusieurs fois, décrit "un professionnel surdoué, surmotivé, ultraperformant" dont le "plus grand talent est sans doute cette capacité à rassembler en un temps record un entourage de geeks et de journalistes prêts à se mettre à son service et à le prendre en charge sans espérer de récompense". De l'autre, l'article pointe "une autre facette de la personnalité de Julian Assange : il ne supporte pas la contradiction et veut à tout prix rester sur le devant de la scène" . Il a balayé "l'idéologie égalitaire des origines" et "s'impose comme le seul patron".

En plus de ce long portrait, Eudes publie dans le quotidien le récit d'une rencontre récente avec Assange, sorti de prison après neuf jours de détention, qui vit "avec sa garde rapprochée dans un manoir, en pleine campagne anglaise, prêté par un riche sympathisant de WikiLeaks", "en attendant que la justice britannique décide s'il sera extradé vers la Suède". Le principal problème actuel d'Assange est de remettre à flot les finances de son site, puisque "coup sur coup, le service de paiement en ligne PayPal, les sociétés de cartes de crédit Visa et MasterCard, puis Bank of America et la banque suisse Postfinance ont bloqué sans préavis les transactions de WikiLeaks, et fermé des comptes personnels de Julian Assange". Ce qui a valu à ces institutions financières des cyber-attaques dont nous avons parlé ici.

Au passage, on apprend, sans grande surprise, que Assange finance son combat judiciaire dans l'affaire des accusations de viols avec une partie des dons faits à Wikileaks. "«Si l'on inclut le paiement de ma caution, mes frais de justice se montent déjà à environ 500 000 euros.» A elle seule, la traduction en anglais des documents judiciaires envoyés par la Suède a coûté près de 20 000 euros - alors que la convention européenne des droits de l'homme obligeait la justice suédoise à fournir les documents déjà traduits."

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